28 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

Maurice Baslé | Un jour, l’Ouest- Bretagne comme grande région ?

L’organisation territoriale de la République, avec 13 « nouvelles Régions dotées de plus de compétences » a été votée le 17 décembre 2014 et son application soumise à un éventuel recours gagnant de l’UMP devant le Conseil Constitutionnel (Selon l’UMP, le gouvernement aurait dû recueillir l’avis consultatif préalable des collectivités concernées).  La loi a donc défini désormais les périmètres des « nouvelles » régions.

Pour les compétences, l’Etat va certes rester régalien au centre : il va garder les lois, les priorités pour les grandes infrastructures publiques et le développement durable, les Affaires européennes, les Affaires étrangères, la Défense, la Police, la Justice, les Finances publiques, la Sécurité Sociale, la Santé dans ses aspects stratégiques, la Recherche et l’enseignement supérieur, les grandes orientations stratégiques de la République et les mécanismes financiers de péréquation financière territoriale, les principes de l’organisation territoriale de l’enseignement supérieur post-bac, l’organisation et la supervision des agences régionales de Santé…

Mais l’Etat se girondinise et va demander davantage à de grandes Régions plus émancipées (et aux intercommunalités). Au plan normatif, celles-ci pourront adapter les règlementations appliquant les lois nationales. Elles pourront aussi exercer de nouvelles responsabilités à la place des administrations d’Etat (centrales ou déconcentrées) et se substituer à lui et à ses services de préfecture pour intervenir dans de nouveaux domaines de compétences.

Les nouvelles compétences particulièrement visées sont les services d’aides d’Etat aux entreprises et au développement économique (ex-Bercy): infrastructures des réseaux, développement économique, aides à l’innovation, pôles de compétitivité, et aussi et surtout le schéma régional du développement durable. En ce sens, l’âge d’or des grandes régions dans un Etat girondinisé semble arriver.

Pour les périmètres, le chiffre de 13 régions est sorti du chapeau… Fermez le ban ! Osons cependant quelques remarques… et posons la question du statu quo prévu pour la Bretagne et pour les Pays de Loire. La Normandie sera unifiée, l’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente sera une très grande région… Pour de multiples raisons communes à l’Ouest-Bretagne (proximités maritimes, spécialisations agro-alimentaires, démographie, école, santé, recherche, innovation, développement économique), avec un Etat qui devient girondin, n’aurait-il pas été préférable de concevoir une grande Région Ouest-Bretagne organisant la coopération et la solidarité territoriale autour d’au moins huit départements (29, 56, 22, 35, 44, 53, 49, 85) englobant une cinquantaine de pôles territoriaux  de premier niveau, pays, agglos ou « grandes communes » ?

Nous pratiquons l’analyse des données territoriales, l’analyse des réseaux entre entreprises, des bassins de vie pour les populations, des mobilités journalières ou hebdomadaires. Pour nos analyses, la Basse Bretagne existe : c’est un système périphérique comprenant le Finistère et le centre Ouest Bretagne au sens large. Ce système doit encore être aidé pour accroitre son attractivité. Il est l’objet de nouvelles mesures appropriées du Plan d’avenir de la Bretagne.

La Haute Bretagne (l’Est de la Bretagne) et les marches de Bretagne comprenant la Mayenne font également système. Celui-ci est plus dynamique avec des populations croissantes, un rajeunissement et une forte attractivité à prévoir autour des nouvelles gares TGV et avec la nouvelle LGV.

De même,  le système Saint-Nazaire, Nantes, Sud-Loire, Vendée, Cholet, Angers connait un développement avec des stimulants multiples (aviation, constriction navale, plaisance, tourisme, pôle mer, pôle végétal… espoir d’un grand aéroport).

Ces trois systèmes, à condition de coopérer étroitement, peuvent constituer un grand système faisant contrepoids au développement parisien. Il  faudrait donc selon nous une nouvelle réflexion sur le développement économique d’un Grand Ouest qui –contrairement à l’expression de mépris utilisée par certains – n’est pas « mou » ! De Mayenne à Cholet, des Sables d’Olonne à Quimper-Cornouaille et Brest, de Lannion à Saint Malo et Rennes, de Vitré à Mayenne et Angers, l’Ouest-Bretagne n’est pas un « espace périphérique » mais, comme Rhône-Alpes (qui ne se réfère pas à un passé spécifique ou à une culture unique, qui n’a pas de marque), un véritable milieu innovateur, créatif, attractif pour les populations et les entreprises, fournissant de bonnes solutions alternatives à celles du grand Paris.

Si l’on veut autre chose qu’une simple concurrence territoriale entre Bretagne et Pays de Loire, entre Bretagne et Normandie, si l’on ne veut pas de dominance au nord-ouest de l’Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin…et si l’on veut éviter les doublons sources de gaspillages ; si l’on pose que trop de concurrence entre des régions de l’Ouest serait nuisible, alors il faut développer le projet d’une grande Région Ouest-Bretagne.

Bien entendu, nous savons que les transitions sont toujours la pierre d’achoppement des réformes ! Mais avec de  la pédagogie, la capitalisation des expérimentations réussies (les 21 « pays bretons» comme territoire de proximité par exemple), avec des délibérations successives par exemple sur les fusions de départements (Ille et Vilaine et Mayenne), avec les bonnes réunions d’acteurs, avec la contribution de tous les médias et l’esprit constructif et créatif (non rentier) de tous les élus novateurs, avec éventuellement des majorités de cohabitation, avec une bonne loi financière, le temps de transition vers une grande région Ouest-Bretagne ne devrait désormais pas être trop long.

 

Maurice Baslé, Chaire Connaissance et action territoriale. Université de Bretagne-Sud. CREM-CNRS-Université Rennes 1

Maurice Baslé a succédé à l’Université de Rennes au professeur Henri Krier qui a défendu en 1956-1957 le premier programme d’action régionale pour la Bretagne prévu au décret du 30 juin 1955 en vue de stimuler le développement économique des régions à faible revenu. Voir Bulletin de conjoncture régionale. Numéro spécial « le Plan breton ». CREFE. Janvier-mars 1957. Depuis, il a été rédacteur en chef des Cahiers économiques de Bretagne, 1989-2004 et a en particulier présidé l’instance scientifique (DATAR et ARF) du FEDER et est membre de l’instance scientifique du fonds social en France.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Maquillagesemipermanent |
Villopub |
Pusatplakadf |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Englishman13456
| Playagain
| Atlanta 86