15 juillet 2014 ~ 2 Commentaires

Dominique Mertens-Santamaria – Gabriel Colletis – Pierre Grou | Un redécoupage des régions françaises : pour une taille de référence permettant une réindustrialisation

Les raisons d’un nécessaire redécoupage des régions françaises

Il est évident que, lorsqu’on examine le découpage du territoire français, en vingt-deux régions, effectué en 1982, un déséquilibre préoccupant apparaît, entre une minorité de régions et les autres[1]. En effet, que l’on considère les montants du produit intérieur brut, de la recherche et développement, ou de la démographie, il apparaît que trois régions sur les vingt-deux, présentent des   profils et des résultats bien supérieurs aux dix-neuf autres. Il s’agit de l’Ile-de-France, de la région Rhône-Alpes, et de la région Provence-Côte d’Azur.

Si l’on prend en compte le critère le plus simple, celui de la démographie, l’Ile-de-France compte onze millions d’habitants, Rhône-Alpes, cinq millions-huit cent mille, et Provence-Côte d’Azur, quatre millions-six cent mille. Si on laisse de côté le Nord-Pas-de-Calais – qui se situe à quatre millions d’habitants -, toutes les autres régions, c’est-à-dire dix-huit, présentent des niveaux de population très inférieurs aux trois premières, car situés entre quelques centaines de milliers – cas de la Corse, trois cents mille, et du Limousin, sept cent mille – , et un peu plus de trois millions, cas des Pays de la Loire – 3, 3 millions -, et cas de l’Aquitaine et de la Bretagne – 3 millions chacune -.

Le problème que pose un redécoupage est donc celui de la détermination d’une taille de référence, qui permette de rééquilibrer et d’homogénéiser les tailles de l’ensemble des régions. Pourquoi un besoin de taille de référence ? Parce qu’il est important que le choix effectué ait un impact sur le dynamisme économique de la région. On constate en effet que les trois régions citées, dotées de tailles supérieures, présentent des résultats bien plus élevés que ceux des autres régions.

Dans le but de trouver une taille de référence, une étude des caractéristiques des régions dynamiques dans le monde, comme par exemple la Silicon Valley aux Etats-Unis, la région de Bangalore en Inde, ou la Bavière en Allemagne, montre, qu’en retenant le niveau démographique, on peut établir une taille minima, qu’on appellera « critique ». En effet, la population de la Silicon Valley californienne est de 6 millions d’habitants, celle de la région de Bangalore est de 6,5 millions, et celle de la Bavière de 12,5 millions. Au total le montant d’une « taille critique » minimale se situe, pour nous, entre quatre et six millions d’habitants[2].

Le redécoupage proposé en 2014

Un nouveau redécoupage des régions françaises vient d’être proposé en 2014, dont la raison principale annoncée n’est pas celle de rechercher une cohérence de tailles, mais, d’effectuer des économies. Ce redécoupage aboutit à l’existence de quatorze régions, et le résultat en question soulève plusieurs problèmes.

D’abord, une région a été ajoutée – l’Auvergne – à une autre région – Rhônes-Alpes – qui possédait déjà la « taille critique » minimale, établie, comme on vient de le voir, entre quatre et six millions d’habitants. En effet, Rhônes-Alpes compte déjà, rappelons-le, 5,8 millions d’habitants. Cette opération de rattachement d’une région à une autre, possédant  déjà une « taille critique » minimale, est donc, pour nous, complètement inutile.

Ensuite, on peut constater que, dans le nouveau découpage, sur les quatorze nouvelles régions, huit ne possèdent pas ce qui a été défini ici comme « taille critique » minimale ! Il s’agit de l’Aquitaine, avec 3,2 millions d’habitants, des Basse et Haute-Normandie, avec 3,3 millions d’habitants, de la Bourgogne-Franche-Comté, avec 2,8 millions d’habitants, de la Bretagne, avec 3,2 millions d’habitants, de la Corse, avec 0,3 million d’habitants, du Nord-Pas-de-Calais, avec 4 millions d’habitants, des Pays de la Loire, avec 3,6 millions d’habitants, et de la Picardie-Champagne-Ardennes, avec 3,2 millions d’habitants.

Enfin, il apparaît que, dans le nouveau découpage, seules trois des nouvelles régions sont dotées de ce qui est défini ici comme une « taille critique » minimale. Ce sont l’Alsace-Lorraine, avec 4,2 millions d’habitants, le Centre-Poitou-Charente-Limousin, avec 5,1 millions d’habitants, et Midi-Pyrénée – Languedoc-Roussillon, avec 5,5 millions d’habitants. Par suite, si l’on additionne les trois dernières régions aux trois autres régions possédant déjà une « taille critique » minimale, on aboutit à un résultat très pauvre : seulement six régions, sur les quatorze, possèdent une « taille critique » minimale ! Ce bilan est, pour nous, complètement insatisfaisant !

De plus, remarquons que pour réaliser des unions entre régions, une contrainte de complémentarité entre entreprises industrielles elles-mêmes, et entre universités, centres de recherche, petites entreprises, c’est-à-dire entre technopoles de ces régions, serait nécessaire. Or, si l’on prend un exemple précis, celui des régions Bretagne et des Pays de Loire, les complémentarités, dont on vient de parler, existent. Il est donc difficile de comprendre pourquoi ces régions n’ont pas été réunies, car, sachant qu’en plus, le désir d’une grande partie des populations concernées était présent, et que la taille de la nouvelle région obtenue entrerait complètement dans le cadre des « tailles critiques » minimales satisfaisantes ; la somme de la population obtenue serait en effet de 6,3 millions d’habitants !

De même, un autre exemple d’union non réalisée est incompréhensible ; il s’agit cette fois d’une union entre les régions Aquitaine et Poitou-Charentes, qui aurait permis l’existence d’une nouvelle région cohérente, répondant au critère des « tailles critiques » minimales, puisque constituée de 4,6 millions d’habitants !

Pourquoi assiste-t-on à ces blocages de réalisations ? Les raisons généralement avancées sont celles de refus de certains responsables locaux ! Ainsi, il apparaît que le découpage récent semble, en partie, résulter de l’expression de baronnies locales, au détriment de l’intérêt général !

En conclusion, répétons que, pour nous, un nouveau découpage doit répondre à une rationalité, celle d’une « taille critique » minimale, permettant aux nouvelles régions de posséder un profil comparable à celles qui l’ont déjà – Ile-de-France, Rhône-Alpes, Provence-Côte d’Azur-, ou aux régions dynamiques du monde, comme la Silicon Valley aux Etats-Unis, la région de Bangalore en Inde, ou la Bavière en Allemagne, qui ont été citées plus haut. Suite aux constats effectués, il ne semble pas du tout que le dernier découpage réalisé réponde à ces objectifs.

Un objectif implicite de ré-industrialisation

Il convient d’ajouter maintenant une contrainte implicite à laquelle le redécoupage doit répondre, celle d’une nécessité de dynamique économique, qui concerne les régions françaises. Laquelle ? Il s’agit d’un objectif qui n’est pas suffisamment souligné par les responsables politiques, celui d’une nécessaire ré-industrialisation du pays.

En effet, pourquoi un malaise grandissant s’est-il exprimé, de manière brutale, lors des élections municipales et européennes de 2014 ? Cet état résulte, pour nous, d’un lent appauvrissement du pays, en cours depuis la fin du XX° siècle. Et, pour nous, les raisons de cette situation résident dans un processus de désindustrialisation entamée depuis le même moment. Pourquoi ? Parce qu’il convient de constater, qu’aujourd’hui, la part du secteur industriel français dans la production du pays, est devenue très faible, située autour de dix pour cent, une des plus faibles d’Europe.

Et l’on ne répètera jamais assez que c’est le développement du secteur industriel qui, depuis le XVIII° siècle, a permis le progrès de l’économie française ! Pourquoi ? Parce que l’industrie est la seule activité qui apporte des gains de productivité, c’est-à-dire des économies de temps de travail, donc du progrès !

Si l’on n’est pas convaincu par ces arguments, il suffit de constater d’abord que l’Allemagne, première puissance industrielle d’Europe, est le pays qui se porte le mieux sur notre continent. Remarquons ensuite, que la Chine, devenue première puissance industrielle du monde en 2010, occupe, en 2014, le rang de première puissance économique du monde ; elle a dépassé les États-Unis et le Japon !

Il convient donc de fixer en France, un objectif prioritaire entre tous, le seul qui doive s’imposer à l’ensemble du pays, celui d’une urgente ré-industrialisation. Et, pour entamer la dynamique nécessaire, l’échelle des régions représente le premier niveau d’action[3]. Donner une « taille critique » minimale aux régions françaises est donc une nécessité, permettant d’installer les meilleures conditions pour réaliser, le plus vite possible, une dynamique de ré-industrialisation.

Dominique Mertens-Santamaria, Maître de Conférences à l’Université de Versailles-Saint-Quentin.CEMOTEV) ; Gabriel Colletis, Professeur à l’Université de Toulouse I, Pierre Grou, Professeur émérite à l’Université de Versailles-Saint-Quentin,CEMOTEV.

 

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[1] Pour plus de détails, voir Pierre Grou, Joëlle Cicchini, Gérard Hamard, Dominique Merten-Santamaria : « Pour un Redécoupage des Régions Françaises », L’Harmattan, 2007.

[2] Voir « Pour un Redécoupage des Régions Françaises », o.c.

[3] Pour plus de détails, voir Pierre Grou, Dominique Mertens-Santamaria, Katia Radja, Patrick Schembri : « Pour une Nouvelle Industrialisation des Régions Françaises », L’Harmattan, 2012.

2 Réponses à “Dominique Mertens-Santamaria – Gabriel Colletis – Pierre Grou | Un redécoupage des régions françaises : pour une taille de référence permettant une réindustrialisation”

  1. jean-marie bouquery 15 juillet 2014 à 20 h 47 min

    REGIO ! Salut à André dans sa petite région. 5 semaines et quel lexique, quelle syntaxe déjà offerts. Gouvernance, territoire, espace, activités, dynamique….donc taille ou échelle mais pas seulement et pas seulement démographique, aussi de la densité et des proximités, des pôles et des valleys, des articulations et des innervations; des facteurs de localisation pour les industries de demain. Quel sens pour Chartres-Tulle même avec des millions de gens ? Découpage façon les Amériques, mornes plaines ! Dans un ensemble Centre-Massif central ? Jeu de maux ! Mais une vraie question, le Limousin se tournait vers le Poitou-Charentes qui aux 7/8èmes se tourne vers l’Aquitaine….

  2. Pour poser le problème de manière un peu plus brève,
    on aurait aimé que les compétences à donner aux régions soient la première chose à être définie, d’où des critères de regroupement, d’où la carte finale.

    Commencer par le redécoupage, c’est faire les choses à l’envers, un peu comme un cusinier qui se metrait à éplucher ou hacher des légumes avant de savoir quel plat il veut préparer.


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