22 juin 2014 ~ 0 Commentaire

Jacques Fache | Bienvenue à Legoland

 

En premier lieu, la question qui se pose est de savoir si l’on a besoin de macro-régions. De simplification, oui. Mais de macro-régions? En effet, si les limites ou l’existence de certaines mérite peut-être d’être revu, le premier sujet à traiter est de savoir si, parce qu’elles seront plus étendues, auront une masse de population plus importante et un PIB régional plus fort en valeur absolue (la fusion ne changera pas vraiment le PIB/ habitant, me semble-t-il), elles s’en tireront mieux. J’en doute. Je vois pour ma part ressurgir là le syndrome de la masse critique, déjà appliqué avec le succès que l’on sait aux universités, assemblées en PRES, puis maintenant en CUE. Etre gros, Est-ce mieux? Ou bien est-ce que les problèmes de l’obésité guettent?

Mais recentrons nous sur le cœur du sujet, puisque cette question, le gouvernement ne se la pose plus, si tant est qu’il se la soit posée. Et constatons un premier problème: celui de la définition du territoire. Qu’est-ce que le politique met dedans? A l’évidence, rien! Le politique ne parle en effet pas d’espaces géographiques appropriés culturellement, socialement, politiquement, mais simplement d’entités découpées en fonction de la poésie administrative française que le monde nous envie. L’espace géographique est donc une sorte de lego géant que le pouvoir central est libre d’assembler comme bon lui semble, en le baptisant territoire. Avez-vous remarqué que pour le politique, toute portion de l’espace géographique devient territoire? Le fondement du lego, les communes, cantons et départements, issus de la refonte administrative de 1791, restent les mêmes. Ce sont simplement les assemblages qui changent. Et là, l’imagination technocratique ne s’accorde aucune limite. Or sur le fond, le premier problème, si l’on veut REELLEMENT parler de territoire, est de savoir ce qu’est un territoire aujourd’hui. Le cadre de vie territorial des citoyens correspond-il encore aux limites des paroisses de l’Ancien Régime? On aborde un premier problème qui nécessite débat, car il ne connait pas de solution absolue et définitive tant les réseaux dont parle A.Torre dans un de ses commentaire sont partout. Il est évident que lorsque l’on change d’échelle géographique, le problème se complexifie, puisque les mobilités croissantes des populations rendent floues certaines limites, et le niveau scalaire de territorialité est très variable selon les catégories socioprofessionnelles, la culture de chacun, etc. Donc quand on en arrive au niveau régional, la question est d’autant plus sensible que cette réflexion n’a jamais eu lieu démocratiquement lors de la constitution des régions telles que nous les connaissons. La liste des régions absurdes est hélas beaucoup plus longue que celle des régions cohérentes. Les Pays de la Loire, Champagne-Ardennes, la région Centre ou encore les deux Normandie en sont autant d’exemples. Or c’est sur la base d’un découpage en partie absurde que l’on prétend former de nouvelles régions en assemblant les anciennes. Un vulgaire lego, vous dis-je! Si l’on parle de territoire, on parle nécessairement de citoyens. Donc de personnes qui ont leur mot à dire concernant leur cadre de vie politique et administratif. Telle que la réforme se développe pour le moment, nous sommes redevenus des sujets. Et que l’on ne me parle pas de l’Assemblée Nationale. Outre sont simple rôle d’enregistrement des décisions gouvernementales, aucun des représentants de la nation n’a été mandaté pour quoi que ce soit sur ce type de refonte.

Lancer la réflexion sur les régions est donc indispensable, et la réforme territoriale, nécessaire, doit découler d’un débat démocratique. C’est d’autant plus important que le cadre qui sera issu de cette refonte risque fort de durer très longtemps. Les pistes sont nombreuses. L’histoire pourrait être un fil conducteur. Tenter de correspondre à des identités forgées avec le temps et qui parlent à beaucoup de citoyens. Contestable logique, puisque le passé ne saurait en aucun cas préfigurer l’avenir. Mais ce serait une logique. Autre piste, partir de cohérences géographiques liées à de grands ensembles régionaux physiques. Là encore contestable, puisque depuis longtemps, les systèmes urbains et sociétaux se sont affranchis de ces entités. Mais là encore, ce serait une logique. Il reste peut-être à repartir des systèmes socio-économiques qui se sont mis en place, et qui développent de puissantes cohérences puisqu’ils déterminent à la fois l’horizon du quotidien, les lieux résidentiels, de multiples flux… Survient alors un problème qui est celui de l’échelle géographique. Aucun système actuel, sauf celui de la très grande région parisienne, ne définit à lui seul une macro région cohérente. Toutes les futures macro-régions seront constituées de deux ou trois pôles puissants qui, sans préparation préalable, risquent de se comporter en concurrents davantage qu’en partenaires. Avec le risque de voir se constituer des angles morts. Très clairement, étant donné la nature de la réforme que veut le gouvernement, le problème central est celui des critères de refonte. Comme les macro-régions vont être mises en place de manière brutale et volontariste par le politique, il n’existe aujourd’hui aucun critère pertinent d’assemblage. Le seul qui puisse l’être ne relève pas de l’existant, mais bel et bien du futur que l’on entend bâtir.

Ceci nous amène donc à la clé manquante à cette réflexion est la notion de projet de territoire. Comment les populations voient-elles leur avenir? Comment se projettent-elles dans le futur? Qu’ont-elles envie de faire ensemble? Cette notion de projet n’est pas nouvelle. Elle est même fondatrice de la France démocratique. Le 14 juillet que nous fêtons chaque année n’est-il pas la fête de la Fédération, de 1790? Il faut donc en revenir aux fondamentaux. Or le projet ne tombe pas du ciel, et pas d’en haut. Il peut être suggéré; il peut être proposé au débat; il ne peut être imposé dans une société démocratique, sous peine d’être voué à l’échec puisque créant un nouveau Machin que personne ne s’appropriera, puisque personne n’en sera partie prenante. La démarche démocratique présentée par A.Bailly est très intéressante et représente très certainement un volet important qui manque à notre processus.

Le drame de la proposition actuelle, c’est qu’il n’y a même pas de projet sur la table! Juste un réagencement dans l’espoir de réaliser des économies budgétaires – car c’est là le fond de la question! Et il faut faire ces économies de manière urgente. D’où, je pense, le calendrier hallucinant qui est proposé pour une réforme si importante. Nous débouchons donc sur une première carte ministérielle délirante, résultant de petits jeux politiques préservant une baronnie par-ci, disloquant une région par là. Mais aucun des espaces géographiques ne peut prétendre au qualificatif de territoire, et encore moins à celui d’espace de projet. Or former des entités géographiques sans projet, c’est fabriquer des structures parasitaires qui, dans le meilleur des cas, s’auto-justifieront par de la com et du verbiage, et dans le pire des cas, perturberont le fonctionnement de systèmes bien en place, histoire de dire que des actions sont réellement menées. Des structures vouées à l’échec, et qui n’économiseront probablement rien. Je vois bien, en effet, se mettre en place en parallèle aux capitales de région des sortes de sous-capitales, comme on a des sous-préfectures; ou encore se mettre en place des « capitales en réseau », disséminant les responsabilités et compétences afin de satisfaire tout le monde. Vous avez bien dit simplification? Économies?…

 

Jacques Fache, Professeur des Universités agrégé en Géographie à l’Université d’Angers

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