20 juin 2014 ~ 1 Commentaire

Rémy Prud’homme | Supprimer les régions

 

Réduire d’une vingtaine de milliards d’euros les dépenses des collectivités territoriales sans toucher aux départements est un problème difficile. La solution la plus simple et la moins dommageable est sans doute la suppression des régions.

Les régions françaises n’ont en général pas de justification historique. Ni géographique. Ni économique. Ni culturelle. Ni sociale. La preuve en est que l’on envisage des regroupements et des redécoupages. Les Français, qui aiment leur commune, et leur département, sont peu attachés à leur région. Le coût affectif de sa disparition serait modeste. Le coût économique aussi. Les 27 milliards de dépenses des régions sont concentrées sur quatre postes : transports, enseignement, formation professionnelle, et développement. Dans chacun de ces domaines le rôle des régions n’est ni efficace ni indispensable.

Dans les transports (5 milliards), les régions prennent l’argent que leur donne à cet effet l’Etat, et le donnent à la SNCF pour faire fonctionner les TER (Trains Express Régionaux) qui sont ainsi subventionnés à hauteur d’environ 75%. Les régions  se vantent d’en avoir beaucoup augmenté la fréquentation. Mais oublient de dire que cette fréquentation, 800.000 voyageurs par jour, est à peine supérieure à celle de la seule  ligne 1 du métro parisien. L’essentiel de la responsabilité des régions dans ce domaine pourrait être transféré à l’Etat, ou aux départements qui gèrent notamment les transports scolaires en finançant des autobus qui fonctionnent moins de 400 heures par an.

Dans l’enseignement (5 milliards), les régions assurent surtout l’entretien, et éventuellement la construction, des lycées, là encore avec l’argent que leur donne l’Etat. Les départements font la même chose pour les collèges. En quoi des politiciens sont-ils indispensables pour résoudre des problèmes de chauffage et de toiture ? La dichotomie entre contenant (bâtiments) et contenu (cours) est-elle sage ? Les rectorats des académies, dont le découpage ne coïncide pas avec celui des régions, ne pourraient-ils pas assurer l’intendance ? De toutes façons, le chauffage d’un lycée doit beaucoup ressembler au chauffage d’un collège, et les départements pourraient facilement ici se substituer aux régions.

Le troisième poste de dépense des régions concerne la formation professionnelle (4 milliards). Peu de gens savent à quoi correspond exactement cette dépense, mais tout le monde sait que la formation professionnelle et permanente est en France un coûteux et inefficace maquis (34 milliards, dit-on), où abondent rentes et gaspillages. Le gouvernement a annoncé son intention de le débroussailler. La disparition des régions obligerait à examiner d’un œil critique leurs dépenses dans ce domaine.

La quatrième dépense des régions vise l’action économique (3 milliards). Ce rôle de planification du développement régional est généralement présenté comme la la principale justification de l’existence des régions. C’est une illusion du passé. Les régions sont nées dans les années 1960 d’un effort de régionalisation du plan français ; le plan a disparu ; la régionalisation est restée. Ce ne sont pas les administrations mais bien les entreprises qui font le développement économique. Même François Hollande le dit. L’idée que, dans chaque région, ce sont des fonctionnaires et des politiciens locaux (dont la plupart n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise) qui vont inspirer, éclairer, organiser, les entreprises de la région, définir leurs stratégies et promouvoir leurs exportations, cette idée est irréaliste, pour ne pas dire surréaliste.

Les tenants de cette vision dépassée appellent à la rescousse les expériences étrangères. Jusqu’au début des années 2000, les performances de l’Allemagne, avec ses grosses régions, étaient plutôt inférieures à celles de la France. Si la situation a changé radicalement, on ne le doit pas à un bond de l’efficacité des länder, mais aux réformes du chancelier Schröder. En Italie, le pouvoir des régions n’a pas empêché la débâcle des finances publiques et la perte de compétitivité du pays ; il y a contribué. En Espagne, les « autonomies » (c’est le nom significatif que l’on donne aux régions) ont multiplié les dépenses inutiles – des aéroports jamais utilisés ou des TGV à 20 voyageurs par jour – qui sont l’une des causes des difficultés du pays Quand au Royaume-Uni, il vit sans régions et ne s’en porte pas plus mal.

Bien entendu, les entreprises ont besoin d’investissements publics. Mais peut-on compter sur les régions pour les construire ? Prenons le cas de la région Ile-de-France, la plus peuplée et la plus riche des régions d’Europe. Tous les équipements importants qui lui permettent de fonctionner (le RER, la Défense, le périphérique, Rungis, Roissy, les universités nouvelles, etc.) ont été édifiés l’Etat. En trente ans, la région n’en a pas décidé un seul.

L’efficacité des régions laisse souvent à désirer. On y trouve évidemment des politiciens et des fonctionnaires dévoués et compétents. Mais pas toujours. En 2011, une employée territoriale publie sous le pseudonyme de Zoe Shepard une satire intitulée Absolument débor-dée. Les scènes sont présentées comme se passant dans une municipalité fictive, pas dans une région. On y passe en revue une jolie collection de sous-emploi chronique, de népotisme, de promotions-canapés, de doublons, et de gaspillages divers. Preuve que le tableau était ressemblant : la région qui avait servi de modèle s’est spontanément reconnue ; et elle a puni la portraitiste.

Supprimer les régions obligerait à faire le tri entre ce qui n’est pas nécessaire, et ce qui peut être fait par l’Etat ou par les départements. Une bonne dizaine de milliards d’économies pourraient ainsi être obtenues. Hélas, ces milliards ne sont pas perdus pour tout le monde. Tout ceux dont les carrières, et les fortunes, reposent sur l’existence des régions sauront empêcher la mesure ici proposée.

 

Remy Prud’homme, Professeur émérite des Universités à Paris XII.

 

Ce texte a été publié par ailleurs dans Les Echos sous le titre « Supprimer les régions pour ‘mieux’ d’État et de département », 18.2.2014

Une réponse à “Rémy Prud’homme | Supprimer les régions”

  1. Supprimer les régions est une solution radicale, un peu comme jeter le bébé avec l’eau du bain, ou se débarrasser du problème en l’éradiquant. Mon fonds girondin et régionaliste m’incite à être circonspect, mais je prends l’idée comme une exercice intellectuel salutaire. La question se pose surtout, à mon avis, parce que l’on n’a jamais donné aux régions ni de véritables moyens de fonctionnement, ni de fortes dévolutions, ni une réelle autonomie (sauf exceptions non métropolitaines). Du coup, les supprimer reste possible puisqu’elles peinent à réellement exister encore, et en un sens la réforme en cours pourrait s’apparenter à une suppression par élargissement maximum, qui les prive de toute saveur et de toute authenticité (sauf la Bretagne et la Corse!). Ceci dit, la rage de vouloir supprimer des échelons semble toute nouvelle et bien française. L’enjeu n’est-il pas de faire communiquer et échanger différents échelons, qui ont tous leur utilité et souvent leur légitimité en termes de domaines de compétences?


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