17 juin 2014 ~ 2 Commentaires

Antoine Bailly | Une réforme territoriale peu démocratique !

Une procédure baclée

Un découpage territorial est, en général, sauf en période de guerre, un processus long et délicat, qui doit tenir compte des hommes, de leurs histoires, de leurs cultures, de leurs pratiques sociales et économiques, de leurs qualités de vie, avec comme objectif d’améliorer leurs conditions de vie[1]. Lors de la 1ère régionalisation en France (s’il est possible de parler de régionalisation tant les régions ont peu de moyens et de compétences), les études préalables avaient été multiples pour confronter les découpages à fondements historiques, géographiques et économiques : le choix fut intermédiaire entre les régions historiques, proches des départements; et les cinq grandes régions économiques. Un choix fondé essentiellement sur une organisation à partir des aires d’influence de villes majeures.

Certes, depuis plusieurs années, les critiques pleuvaient sur le trop grand nombre de communes et de départements, traces d’un maillage dépassé ! Certes également les régions françaises étaient comparées aux « länders » allemands pour souligner leurs faiblesses ! Mais aucune préparation sérieuse n’était lancée pour une réforme territoriale majeure.

L’oubli de la démocratie

Pour nombre d’entre nous, soudain la décision  est prise… depuis Paris ! Pas de consultation des municipalités ou des Conseils Généraux pour connaître leurs souhaits d’appartenance territoriale ! Pas d’étude sérieuse pour étudier les diverses possibilités en taille, en mode de gouvernance ! Quelques énarques, appuyés par un petit groupe de scientifiques arrogants, composent un puzzle étrange, organisé (ou désorganisé) à partir des villes-métropoles… Pas un regard sur les campagnes ou les périphéries de régions hétérogènes sur le plan culturel, social et économique. Un assemblage surprenant qui ne tient pas compte des souhaits des habitants des régions périphériques, qui seront encore plus loin des centres, et qui méprise les cultures régionales en les combinant.

Régions et démocratie

Dans la précipitation, la composition perd son sens, s’il y en avait un… on s’interroge sur les logiques de la réforme autres que politiques, car on n’attend pas beaucoup d’économies de fonctionnement.

Quelle aurait été notre procédure pour tenir compte des habitants ?

- Faire voter, au niveau des départements, les Conseils Généraux, sur leurs appartenances régionales et mieux encore tenir des référendum départementaux pour connaître les avis des populations
- Préparer par des études sérieuses, une réforme territoriale, proposant de nouvelles régions, à partir des résultats des votes des départements
-Faire voter les municipalités pour une vérification démocratique de la pertinence du découpage, et finaliser les régions
- Enfin supprimer les départements pour éviter les doublons dans le fonctionnement territorial.

Ainsi la France retrouverait-elle ses fondements démocratiques ! Et pourrait sortir de l’ornière où la poussent les « élites » parisiennes, qui ont perdu le sens des territoires et du vécu des hommes et des femmes qui les vivent.

Antoine Bailly,  Prix Vautin Lud « Nobel » de Géographie 2011, Professeur Émérite à l’université de Genève

 


[1] Antoine Bailly, Géographie du bien-être. 2014, Paris : Anthropos-Economica, 152 pages

 

 

2 Réponses à “Antoine Bailly | Une réforme territoriale peu démocratique !”

  1. Finalement, et contrairement à ce que propose Maurice Baslé, je me demande si l’on n’assiste pas à un retour massif de l’État Jacobin et à un renforcement de ses structures. Certes, la réforme est ambigüe mais 1) la méthode est étonnante, complètement top-down, et surtout elle ne tient aucun compte des solidarités et des réseaux qui existent et se renforcent au niveau des territoires et favorisent leur résilience. Crowdfunding, crowdsourcing, multiples formes de l’économie sociale et solidaire, réseaux d’entraides et de soutien, crédit local…, sont à la base de la vie et de la dynamique des territoires aujourd’hui. La soif et l’aspiration des populations locales à davantage de participation et d’implication dans les chemins de développement est évidente. 2) On peut se demander comment vont faire certaines personnes qui vont se trouver très loin des centres ou capitales de régions devenus parfois de très grande taille. Si la réforme va de pair avec une simplification et pour tout dire une suppression de certains services publics, on peut s’attendre à un isolement accru de certaines catégories de la population et peut-être à une accélération de la fracture socio-spatiale en faveur de quelques grandes agglomérations, où se concentrera le pouvoir d’Etat et celui de baronnies locales?

  2. jean-marie bouquery 18 juin 2014 à 10 h 31 min

    OUI, oui mais.
    Pas simple la solution au double paradoxe de la « démocratie topologique »: celui de Condorcet, général, plus celui de « l’Alsace-Lorraine ». L’Alsace c’est (encore !)2 départements, très liés, sur le Rhin… la Lorraine c’est 4: la Moselle, etc….L’envie d’Alsace d’un Meusien ne peut équivaloir à celle du Mosellan ni à l’envie de Lorraine d’un Haut-Rhinois. Pas de référendum général. Vote du Conseil départemental? Sur quoi? L’Alsace, la Champagne…ou la Lorraine ? ! 1 Homme, 1 Voix ? Non. 1 Homme territorialisé, oui, mais par qui ? Donc quel processus de vote, avec combien d’itérations ?


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